LA MORT CHEZ PIXAR
Si Pixar nous fait rire et nous émerveille à chaque fois, il ne faut pas oublier qu'il existe aussi une part de noirceur. A l'instar des dessins animés de Walt Disney ou les personnages méchants mourraient, donnant alors une gloire pour le héros principal, Pixar use de la même manière de la mort pour approfondir l'évolution de ses histoires.
LA PEUR DE MOURIR
Rares sont les personnes qui n'ont aucune crainte vis-à-vis de la mort. La plupart du temps cette limite sert à mieux profiter de sa vie.

Malgré leur raison d'être, les jouets d'
Andy craignent pour leur avenir. Ils ne peuvent mourir physiquement, pour eux la mort se résume à perdre leur propriétaire et de ne plus pouvoir être un jouet. Afin de ne pas vivre cela, ils sont prêts à tout. Déjà dans
Toy Story 2 ce thème est abordé.
Woody est celui qui en fait rapidement les frais et se rend compte qu'un défaut peut les entraîner à la mort. Le
cow-boy laisse derrière lui tout ce qu'il a pour une nouvelle vie dans un musée, même si cela le contraint à ne plus exister en tant que jouet. Une quête de l'immortalité où le bonheur disparait totalement. Pour cette raison, il préfère vivre pleinement que d'attendre immobile et oublie cette idée. Dans
Toy Story 3, ce sont tous les jouets qui sont face à cette problématique. Ils élaborent un plan afin qu'
Andy rejoue avec eux. Depuis des années ils sont enfermés dans une malle et espèrent que leur enfant les sortira à nouveau. C'est pourquoi
Rex est si heureux qu'
Andy le prenne dans sa main. Il a un regain d'énergie qui s'était dissipé avec le temps. Un simple geste qui compte beaucoup pour chacun d'eux.

Les insectes ne sont pas en reste. La survie de la colonie dans
1001 pattes dépend de la protection des sauterelles. Bien qu'ils n'aiment pas ce qu'elles font, les fourmis accumulent de la nourriture afin de payer
Le Borgne. Elles deviennent forcément en colère lorsqu'elles apprennent que Tilt a fait disparaître toute la récolte. Même s'il partait d'une bonne intention,
La Reine et
Atta le désignent en tant que bouc-émissaire. Il est plus simple de ne pas penser à une morte prochaine en portant sa haine sur quelque chose ou quelqu'un. La colonie rejette
Tilt en espérant réussir à se prémunir d'une mort certaine sans la protection des sauterelles. On peut voir ici la deuxième étape du deuil : la colère.
WALL-E est plus proche de nous dans le sens où c'est toute l'humanité qui repousse les limites de la vie. Après avoir pollué la planète et s'être réfugié dans l'espace, les humains sont devenus totalement dépendants des robots. Ils voient en ces assistants électroniques la clé de leur salut. Au point de perdre toute notion de vie. Jusqu'à l'arrivée de
WALL-E, ils n'avaient pas conscience du plaisir que procure une piscine, le contact d'une main ou même marcher. La robotique va heureusement les sauver, mais toute l'humanité est à refaire.
FACE A LA MORT
Tout le monde a sa propre réaction lorsque l'heure est venue.
Woody et ses compagnons décident de rester ensemble pour l'ultime instant à la décharge. Ils fuient ensemble, s'entraident pour que personne ne reste seul, mais lorsque les flammes se rapprochent, ils s'unissent en se tenant tous la main et en s'échangeant un dernier regard. Cette fois-ci, il n'y a plus de jouet préféré, chacun est au même niveau. Si d'habitude ils comptent sur
Woody pour les aider, ici il est le dernier à avoir une main tendue pour lui faire comprendre que tous acceptent leur sort et qu'il doit faire de même.

Il arrive aussi que la mort modifie la personnalité des proches.
Marin aurait-il été aussi protecteur envers
Nemo si
Corail était toujours en vie ? Probablement que non. Il culpabilise de ne pas avoir pu défendre son
épouse. La culpabilité est la troisième étape du deuil. Afin de réparer son erreur passée, il voit en
Némo une partie de sa
femme. Il est prêt à risquer sa vie pour le protéger. C'est pourquoi il vit la quatrième étape du deuil, la tristesse, quand il découvre son
fils mort dans le cabinet du
dentiste. Il se met alors à errer dans l'océan et
Doris n'arrive pas à le consoler. Ce sont toutes ses étapes qui lui permettent de se rendre compte qu'il doit laisser son
fils vivre et de lui faire confiance.
Carl vit la même situation que
Marin, à ceci près qu'il n'est qu'à la première étape du deuil : la négation. Depuis le départ d'
Ellie,
Carl veut réaliser le rêve de sa femme en allant aux Chutes du Paradis. Mais il fait plus que cela, le rêve exact qu'on apprend quand ils sont enfants est de construire une maison aux Chutes du Paradis.
Carl voit sa
femme à travers sa maison de bois et décide de l'emmener sur place. Le tuyau d'arrosage qui lui permet de tracter sa maison pourrait symboliser le couple qui se tient la main. Il sait qu'elle est morte mais ne parvient pas à le concevoir, parlant à sa
femme comme si elle était toujours en vie : "on a réussi Ellie". Il vivra la cinquième étape du deuil en voyant sa maison partir dans les nuages : l'acceptation. Il ne désigne d'ailleurs plus sa maison comme
Ellie, mais pour ce qu'elle est quand il s'adresse à
Russell :
"Oh tu sais, ce n'est qu'une maison".
L'APRES-MORT

Sunnyside est pour beaucoup une sorte de paradis pour les jouets. Il suffit de voir la réaction de
Jessie et ses amis pour se rendre compte que c'est au-delà de leurs espérances, un endroit qu'ils n'avaient jamais pu rêver. Des heures de jeux par jour au contact d'une multitude d'enfants et ce dans un environnement chaleureux et coloré. Malheureusement pour eux, ce paradis va devenir un enfer. Ne peut-on pas voir là une punition pour ce qu'ils ont fait au début de
Toy Story 3, à savoir abandonner
Andy ? En découvrant leur erreur, ils tentent de se racheter en partant d'ici pour retrouver leur véritable enfant, leur "dieu" en quelque sorte.
Woody est probablement celui qui voue le culte le plus grand à
Andy. C'est grâce à ce dernier que les jouets vont "ressusciter" au contact de
Bonnie, qui les reçoit avec amour.

Comme dit plus haut, la peur de mourir des humains dans
WALL-E les a poussé à partir dans l'espace à bord de l'Axiom. Ce vaisseau ultra-performant est devenu là aussi un paradis, leur planète d'origine étant devenue un enfer. L'humanité a commencé à s'éteindre et
la compagnie BNL a eu l'idée de créer l'Axiom avec un niveau de confort optimal. Ici pas de végétations, de paysages resplendissants…mais des robots qui occupent un peu le rôle "d'anges". Ils les accompagnent partout, répondent à la moindre requête des humains, et ce sans jamais contester.
WALL-E fait figure de messie qui va les guider vers chez eux, cette nouvelle terre promise qui va permettre à l'humanité de renaître.
Bien qu'ils étaient en conflit quasi-permanent,
Flash McQueen et
Doc Hudson ont crée des liens extrêmement forts. Le bolide fait tout pour battre le record de victoire de son mentor. Dans
Cars 2, la quatrième Piston Cup porte le nom de
Doc Hudson, qui est mort quelques années auparavant. C'est un hommage de tous les pilotes, qui voyaient en
Doc le pilote ultime, mais surtout un hommage de
Flash qui le dit lui-même "je n'aurai laissé personne la remporter". Il tenait coûte que coûte à saluer son ami disparu en gagnant en son nom.
Là-haut est probablement le Pixar qui fait le plus référence à un paysage paradisiaque aux yeux des gens. Nature luxuriante, soleil… La dernière scène du film le montre bien. La maison, symbolisant
Ellie, se trouve dans un environnement de nuages avec la caméra qui recule pour nous montrer que
Carl à emmener sa femme à son paradis tant rêver. La référence est alors double.
Rémy a un aperçu de cette après-mort avec
le fantôme de Gusteau. Cependant, peut-on dire que c'est un fantôme ?
Le fantôme lui-même signale qu'il n'est que le fruit de son imagination.
Rémy ne peut pas se résoudre au décès de son mentor et continue de le voir comme un soutien morale. A la fin du film on ne voit plus le fantôme, preuve en est que
Rémy a du faire son deuil.
LES MORTS BANALES OU ATTENDUES
Dans tout film de super-héros il y a de nombreuses morts.
Les Indestructibles ne déroge pas à la règle. Cependant, les morts ici nous choquent beaucoup moins, tout simplement parce qu'ils sont du côté des méchants. On voit là une justice rendue, voire une certaine satisfaction. C'est pourquoi personne ne pleure devant la mort atroce de
Le Borgne qui se fait dévorer par les
oisillons, de
Charles Muntz qui tombe dans le vide ou bien des "tacots" dans
Cars 2. Au contraire, on s'attend à ce que le méchant de l'histoire meurt à la fin. La trilogie
Toy Story est pourtant à contre-courant en laissant
Papi Pépite et
Lotso à un destin bien pire que la mort ou
Sid avec une révélation sur la nature des jouets.
Monstres & Cie est l'exception des longs-métrages Pixar où la mort n'est pas abordée.
CONCLUSION
Comme nous avons pu le voir, Pixar accorde au thème de la mort une place importante pour une évolution des personnages ou de l'histoire. Même si ce n'est pas fait de manière directe ou explicite, elle joue un rôle qui permet aussi de nous offrir de magnifiques histoires.
Rédacteur : Ravnek -
Correctrice : Tonks.